Martine Morel a créé “Grifelins” et nous partage sa passion et son dévouement pour les félins

En préalable et en ce qui me concerne, je proclame que les animaux ne devraient pas être considérés comme étant à notre service. Je suis utopiste. Cette planète est notre domaine commun, commun à tous les vivants qui en représentent la permanence. Un déséquilibre s’est instauré, faisant de l’humain un super prédateur autoproclamé. Certains animaux ont été domestiqués pour être mangés, d’autres pour travailler, d’autres pour nous divertir, d’autres pour nous tenir compagnie. Je ne parlerai donc pas des animaux en terme de valeur pour nous, mais en terme d‘échange.

 

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis professeur de piano et psychologue. Voilà pour mon métier. J’ai crée et je coordonne le réseau Grifélins qui regroupe une douzaine de villages. Dans chaque village, une bonne auberge est gérée par une ou plusieurs bénévoles, fonctionnant en autonomie financière. Nous mettons en commun les bons de stérilisation obtenus auprès de la SPA et de la Fondation Bardot. Nous menons, avec l’accord des Mairies, des campagnes de stérilisation et de protection (nourrissage, soins, mise à l’adoption) des chats nés libres ou abandonnés. Nos vétérinaires sont compassionnels et très compréhensifs du point de vue tarifaire. Je tiens un blog, (http://www.grifelins.com/), relayé sur Facebook et Twitter, qui rend compte de notre action. J’y évoque des questions d’actualité. J’y donne des conseils. J’y fais part de mes lectures, de mes coups de cœur, de mes joies et de mes peines. La parole y est donnée aux lecteurs.

Vous avez créé “Grifelins» qui lutte pour la limitation de naissances en milieu rural. D’où viennent cette passion et ce dévouement pour les félins ?

D’un amour des bêtes doublé du besoin d’être utile, j’irai jusqu’à dire de sauver, même si cela me paraît prétentieux. A mon arrivée en campagne, il y a une vingtaine d’années, j’ai commencé par croiser çà et là des chats et chatons plus ou moins faméliques et qui se rassemblaient devant la porte de personnes âgées qui les nourrissaient. J’ai très vite entendu les doléances des voisins… Et j’ai pris la décision de faire stériliser à mes frais une chatte par ci, castrer un matou par là, placer des chatons… J’étais un peu naïve, ne mesurant ni l’ampleur du chantier, ni l’image que j’offrais. Je suis devenue très vite dans l’esprit des habitants une mère à chats, avec tout ce que cela peut véhiculer de plutôt négatif. J’ai donc pris la décision d’officialiser la chose auprès du Maire. J’ai également passé par correspondance un diplôme d’Auxiliaire de Santé Animale afin de me rendre crédible d’un point de vue sanitaire. De fil en aiguille, j’ai noué des contacts avec d’autres bénévoles, et c’est ainsi qu’est né le réseau. Je dis toujours, ici j’ai « fait » du chat. En Afrique, j’aurais peut-être « fait » du singe…, et en Chine du panda. En fait, ce sont les chats qui m’ont faite !

Pouvez-vous nous parler de votre relation avec ces chats que vous sauvez?

Je dirais que le maître mot est responsabilité. Je me sens responsable de ces animaux qui, il faut bien le dire, ne me demandent rien au départ. De leur point de vue, ils sont chez eux, ils sont légitimement là. Je décide d’une régulation qui n’est déterminée que par des raisons de confort humain. J’aime ces animaux et, pour des raisons qui ne leur appartiennent pas, je dois contrecarrer leur instinct de reproduction… De quel droit ? De quelle autorité autoproclamée ? D’un autre côté leur nombre est lié à notre présence humaine, comme c’est le cas de beaucoup d’animaux qui dérangent… Et ce nombre amplifie le ressentiment et la cruauté à leur égard. Je résous donc en moi la dissonance en essayant de leur assurer un futur le plus proche de ce qu’ils pourraient attendre : recherche de l’adoptant idéal pour les plus jeunes et les plus sociables, prise en charge au refuge dans la mesure des places disponibles, libération sur le territoire d’origine. Oui, j’en reviens au mot responsabilité. Mais n’en est-il pas de même, comme le disait Le Petit Prince de toute relation d’amour ?

Certains trouvent une famille, d’autres sont « relâchés » sur leur territoire. Comment déterminez-vous leur futur ?

A l’issue d’une mûre réflexion. Les adoptants sont interviewés et sélectionnés. C’est là que ma compétence à la fois en psychologie du félin et de l’humain peut me servir. Malheureusement, il m’est arrivé de me tromper… Et cela me hante parfois. Ce n’est pas toujours non plus de gaîté de cœur que je les relâche. Les dangers sont nombreux, et je ne peux malheureusement pas les héberger tous. D’un autre côté, l’enfermement, même quatre étoiles, même avec jardin, représente pour un chat libre et non sociable (aux autres chats) ou non sociabilisé (à l’humain) une véritable torture. Il ne vivra que dans la crainte et l’idée fixe de s’enfuir. Le stress induira des pathologies. Dans ce cas, je le laisse décider de son destin. A partir de là, c’est à moi de trembler et, quand un malheur arrive, de pleurer. Mais ce n’est pas aimer les chats que de les contraindre, et les murs n’ont jamais arrêté la mort.

Qu’est-ce qui diffère un chat errant d’un chat domestiqué ?

J’irai vite. A la base RIEN ne les diffère : Les chats errants, que nous préférons appeler libres, sont les descendants de chats domestiques abandonnés. Au regard de la loi, ce sont des chats domestiques et ils bénéficient du même statut juridique et des mêmes droits. Du point de vue du comportement, un chat errant sera plus craintif, même s’il a vécu dans une famille avant d’être abandonné. La vie n’est pas facile dehors et la méfiance est de mise. Malheureusement, ça n’a pas été le cas du pauvre Chevelu ou de la douce Duchesse qui ont payé de leur vie et de leur martyre la confiance qu’ils avaient conservée en l’humain. Lorsque je n’ai pas d’autre choix que de laisser un chat dehors, je ne fais rien pour qu’il se sociabilise aux êtres humains. Il y avait un chat nommé Diesel qui s’approchait trop des enfants. Trop amical ! Suite à des doléances anonymes, j’ai préféré le rentrer. Quel dommage !…

Vous écrivez sur votre site : « AIDEZ-NOUS A NOUS RECONCILIER, NOUS HUMAINS, AUTOUR DU CHAT ». Pensez-vous que le chat est encore mal-aimé ?

Le chat est déclaré l’animal préféré des français. En cela, on ne peut pas dire qu’il soit mal aimé. Le nombre des abandons vient malheureusement démentir cette information. S’ensuit ce que nous qualifions de prolifération, et de cette prolifération ne peut que découler une dégradation de la relation, ainsi qu’une consanguinité néfaste à l’espèce. Combien de fois ai-je entendu des « ça grouille ! » Des « c’est sale » ! Des « ça pue ! Des « il est moche celui là » ! Encore plus bête : des « ça donne le sida » ! Des « oh un chat, ça va, c’est pas un noir » ! Et j’en passe… Entre le chat et l’homme, ça remonte à près à 5 000 ans. Jugez si c’est complexe ! Certains l’adulent, pas forcément pour son bonheur. Certains en vivent. Voyez par exemple la fabrication par certains éleveurs de véritables monstres, sortes d’objets de luxe, de consommation, de rapport. D’autres y projettent leurs mauvais démons, et exercent sur lui leur sadisme. Pour finir, « mal aimé ? », je ne sais pas. Objet de fascination, certainement. Mal compris, trop souvent, et pris dans la tourmente de nos émotions pour le meilleur et le pire. Ce qui sauve les chats, c’est à mes yeux, leur fantastique faculté d’adaptation.

Avez-vous adopté un ou des chats errants ? Si oui, pouvez-vous nous parler de votre relation.

Plus d’un en fait en 17 ans ! Une quarantaine de laissés pour compte de l’adoption, car trop vieux, trop roux, trop noirs, trop moches, trop malades, trop bavard et même… trop ronronnant… Beaucoup ont quitté ce monde. Ne pouvant tous les citer, je vais donc me contenter d’en associer quelques-uns à l’évocation de moments forts… Loukoum, le premier maternage, la fragilité palpitante entre les mains, toujours présent, chat fidèle métissé siamois, chat qui dialogue. Eléa, la première adoption à haut risque, contagieuse et rejetée de tous les refuges. Larguée sur un trottoir par une Association… décédée chez moi, après quelques années de soins, sans avoir contaminé personne. Smokey, à la blessure repoussante, guéri, après 6 mois d’apprivoisement. Ah ! Son premier ronron… Papet, la grande dignité du vieux baroudeur, paralysé par une attaque, et qui pleure pour atteindre sa litière. Chapeau bas ! Coco, le craintif, disparu et retrouvé empoisonné intentionnellement à l’antigel. Alors là, la haine ! Le grand découragement… Mamie Sardine, seule rescapée de son clan, décimé encore une fois par les bipèdes, et qui peu à peu se rapproche. Et je parlerai aussi de ma chère Kamala qui marchait, marchait comme un chien perdu, épuisée, rendue folle par la faim, jusqu’à la morsure profonde dont ma main se souvient encore. Kamala, la fière, et qui maintenant représente à mes yeux la relation parfaite. Tant d’autres encore…

Une anecdote heureuse avec un de ces chats ?

Je choisirai Goya, notre doyen, 17 ans. Largué à l’âge de 3 mois dans un cimetière. Recueilli. Adopté. Enfin adopté… Laissé seul dans un appartement pour causes de vacances. Je l’ai entendu pleurer. J’ai dû longuement négocier pour l’héberger, puis l’adopter. Car voyez-vous, si on peut laisser seul un chaton pendant un mois à un repas par jour, on se vexe s’il ose préférer quelqu’un d’autre : Goya l’équilibriste était passé de balcon en balcon jusqu’à notre appartement, au 6ème étage !!! Citadin, Il nous a naturellement suivis en campagne, où il a fait la connaissance des chatons de Moumousse, abandonnée, elle aussi, gestante, pour déménagement. Goya a pris en charge l’éducation des petits, sous l’œil approbateur d’une Moumousse se contentant de l’allaitement. Une bien jolie petite famille dont il ne reste aujourd’hui que Goya. Tous les deux, nous en parlons souvent…

Selon vous, à quoi reconnaît-on un chat heureux ?

Il y a différentes façons d’être heureux pour un chat. Se contenter de ce que l’on a est le maître mot, comme pour nous. Je pense que les chats sont plus doués en la matière… Un territoire dont on fait plusieurs fois par jour le tour. Une gamelle toujours remplie pour pouvoir picorer à volonté (un chat doit manger tout au long de la journée, contrairement à un chien). Une souris à l’occasion, n’en déplaise à la LPO… Un coin tranquille où dormir. A cela peuvent s’ajouter un ou des copains, un ou des humains, de quoi se distraire, de quoi grimper… Un chat heureux peut parler ou se taire, ronronner (encore qu’il peut le faire pour soulager sa douleur), il peut dormir paisiblement, venir à votre rencontre la queue haute, prendre soin de sa robe, de celle de ses copains ou de votre peau même en vous léchant, venir se placer entre vous et votre livre ou votre clavier… Que sais-je, un chat heureux, vous le reconnaîtrez si vous préférez rester à sa place le matin quand vous partez au travail… Un chat peut aussi être heureux sans nous…

Pensez-vous que les animaux contribuent à notre bien-être ? Si oui, de quelle(s) manière(s) ?
Ont-ils une valeur thérapeutique à vos yeux ?

En préalable et en ce qui me concerne, je proclame que les animaux ne devraient pas être considérés comme étant à notre service. Je suis utopiste. Cette planète est notre domaine commun, commun à tous les vivants qui en représentent la permanence. Un déséquilibre s’est instauré, faisant de l’humain un super prédateur autoproclamé. Certains animaux ont été domestiqués pour être mangés, d’autres pour travailler, d’autres pour nous divertir, d’autres pour nous tenir compagnie. Je ne parlerai donc pas des animaux en terme de valeur pour nous, mais en terme d‘échange. Que pouvons-nous partager dans le respect de leur nature ? Je prendrai en exemple les bars à chats souvent controversés. Si ce sont des animaux sortis de la rue, s’ils sont respectés au plus près de leurs besoins naturels, et s’ils font du bien aux usagers des bars, alors je suis pour. Ainsi en va-t-il également de la zoothérapie ou de la simple vie quotidienne avec son animal.

Avez-vous été confrontée à un problème de comportement ou de santé avec l’un de ces chats dont vous vous occupez?

Je me concentrerai sur ce qui apparaît, à nos yeux, comme des « problèmes » de comportement… Ces problèmes sont toujours liés à une relation induite par l’humain. Ne pas confondre problème de comportement et mode de vie inadapté, voire traumatisant. Je dirai que l’erreur vient toujours de nous. Lorsqu’un chat, par exemple, en vient à nous mordre, c’est la plupart du temps parce que nous lui avons fait subir une manipulation, ou douloureuse, ou forcée. On évoque souvent le cas des caressés-mordeurs. En tant que primates, nous sommes des êtres à papouilles et nous pensons qu’il en est de même pour les chats. Et bien tous n’ont pas le même seuil de tolérance à nos caresses, et si nous ne captons pas à temps les signes qui nous sont envoyés de cesser, ce sera à nos dépends, et de notre faute.

On ne peut pas ne pas parler du… pipi dans des endroits inappropriés. Inappropriés pour nous. Pour le chat, c’est une conduite naturelle de marquage. Certains nous font le cadeau de renoncer à cette pratique. Ceux qui ne le font pas n’ont pas forcément un problème de comportement, ils se comportent tout bonnement comme des chats. Dans un clan naturel, ils auraient sans doute eu un statut de dominant(e). En notre compagnie, cela peut en effet dégénérer sous l’effet du stress (trop d’animaux, trop de bruit, litière mal située), et devenir très désagréable. Il existe des solutions.

Si oui, avez-vous eu recours à des pratiques alternatives comme la naturopathie, la communication animale ou l’énergétique ?

J’essaie déjà de fonctionner de manière préventive. Par exemple, les chats du refuge ne bénéficient pas de chauffage. Ils sortent et rentrent été comme hiver. A l’intérieur, il y a des dodos douillets, des couvertures, des niches isolant du froid ou du chaud. L’hiver, ils dorment les uns contre les autres, le froid créant des amitiés saisonnières. Leur fourrure s’adapte naturellement. En cas de rhume, ils se reposent. Certains acceptent les inhalations aux huiles essentielles. Si la situation s’aggrave, j’ai recours aux antibiotiques. Ils ne sont pas vaccinés. Leur système immunitaire est performant. Preuve en est leur résistance au calicivirus d’Eléa par exemple. Ils ont toujours à disposition une gamelle d’eau argileuse. Ils y ont parfois recours. En cas de diarrhée, la diète puis une cure de pâtée diététique en vient à bout. Pour les petits bobos, huiles essentielles également. En cas d’abcès, antibiothérapie. C’est une collectivité, et certains prennent les soins comme une agression. J’essaie d’être le moins invasive possible et varie les protocoles selon les cas. Peu d’antiparasites. En tous cas, pas autant que le lobby des labos voudrait nous en vendre. De la mesure en tout.

Si vous aviez une baquette magique, aimeriez-vous vous transformer en chat ?

Inutile ! Je le suis déjà ! J

Quelque chose à ajouter ?

Protéger les chats victimes de l’inconséquence et de la cruauté, c’est une lourde tâche qui comprend un travail de terrain astreignant, un rôle d’information auprès des habitants et une mission de mise en conscience de la validité du projet auprès des autorités municipales. Si, en tant que protectrices engagées, nous trouvons la progression trop lente, les choses avancent, car nous n’aurions pas imaginé, quelques dizaines d’années en arrière, que des Maires ruraux puissent accepter, voire initier de telles actions. Le chagrin et le découragement viennent parfois. Il faut savoir prendre le positif. Dernièrement une proposition m’est venue de Maire de ma commune. Il s’engage à financer directement chez le vétérinaire des stérilisations. Et ça, je peux vous dire qu’en milieu rural, c’est une sacrée avancée. Vous-mêmes, vous pouvez aussi nous aider en vous abonnant au blog, en partageant les publications, en parrainant l’un ou l’autre de nos protégés. D’avance, soyez-en remerciés.

http://www.grifelins.com/

 

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16 mai 2019

4 responses on "Martine Morel a créé "Grifelins" et nous partage sa passion et son dévouement pour les félins"

  1. Merci beaucoup Frédérique. =^..^=artine

  2. Bravo.j’admire votre action.

  3. J’ai vraiment apprécié tes réponses Martine…
    Merci Frédérique pour cette interview.

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